Le long de la côte, dans les fjords de l’ouest

Voilà de longues heures que l’on attend cette foutue valise, bloquée à Munich suite à une erreur du personnel de l’aéroport. Son arrivée sera notre top départ vers l’inconnu, une belle aventure de 10 jours. D’habitude c’est moi qui me charge d’organiser les premiers jours de nos trips mais il n’en ai rien pour celui ci. J’ai choisi de laisser libre cours a notre instinct, se laisser porter sans savoir à quoi s’attendre.

00H43, aéroport de Reykjavik-Keflavik, le bagage est enfin là, je fais le plein de 95 au 4×4 puis on prend la route, on roule, on roule, mon copilote pierre me guide à l’aide d’une vieille carte du pays prêtée par un ami, Marine et France se reposent à l’arrière. Ça ne me dérange pas de conduire de nuit, même si ici en Islande, le soleil ne se couche vraiment jamais au mois de juin, il y a toujours une certaine clarté dans le ciel qui nous permet de découvrir ces merveilleux paysages sous d’autres nuances de couleurs et de lumières.

 Les champs de lave recouverts de mousse se succèdent, Coyotes de Don Edwards ambiance la traversée des Fjords, plus tard la neige fait son apparition sur les hauteurs de Bjarkalundur et les températures chutent. Notre première nuit sous la tente s’annonce difficile, heureusement elle sera courte.

J’ai loué une board à des locaux la veille sans grande certitude de pouvoir la mettre à l’eau. Je regarde les prévisions tous les jours et il semblerait que demain il y ait une fenêtre favorable tôt le matin, il n’y a pas trop de vent et la houle est bien orientée, il me tarde.. Il est à peine plus de 3h du matin, le soleil est déjà sorti depuis un petit moment, difficile de dormir d’avantage, le sac de couchage a du mal de se défaire de moi.

 Je prépare un café, il faut laisser le temps à la marée de baisser un peu plus. Pierre et France restent au camp, seule Marine m’accompagne. Après une trentaine de kilomètres et une succession de moutons, on tombe devant un jolie point break, tout proche d’un phare, la vague déroule bien, les rochers sont proche et à fleur d’eau, ça fait peur, il faudra assurer le départ sur la vague.. Personne à l’eau.

 Il y a un autre gars qui regarde les vagues plus loin. Je m’approche et le salue d’un geste de la main, c’est un Suédois, Sven, il parcourt la côte depuis plusieurs jours à la recherche de vagues lui aussi. Après de longues minutes à analyser le spot, on se motive et se met à l’eau. Sven sort sa planche, une sorte d’hybride, courte avec du volume et 4 dérives pour plus d’accroche sur la vague, j’enfile ma combinaison d’hiver cagoule, mes chaussons et mes gants, j’attends que la série de vagues passent pour pouvoir me mettre à l’eau, la mise à l’eau sur fait directement depuis les rochers, il n’y a pas de plage. La température de l’eau ne dépasse pas les 7°C. Entre chaque série, on relate nos sessions passées en mer Baltique pour Sven et Méditerranée pour ma part. C’est la première fois que je surfe dans des eaux aussi froides. Un bateau de pêche passe au large, en arrière-plan on devine un petit village au pied des montagnes enneigées. sentiment de liberté absolue, c’est sans doute pour cela que je suis ici..

Le vent glacial caresse nos joues, 287 Kilomètres plus au Nord Ouest se trouvent les côtes du Groenland. On a repéré des sources chaudes plus au sud, il y en a un peu partout dans le pays, certaines dont l’emplacement exact demeure encore secret. Celle où on se rend a été construite en 1923, ça fait d’elle la plus ancienne du pays. Après plusieurs minutes de marche, on tombe sur un bassin d’eau enclavé au milieu de montagnes vertigineuses, une légère fumée se dégage de la surface, le décor et l’ambiance nous laissent bouche bée.

 La température extérieure ne dépasse pas les 8°C, quelques personnes se relaxent de part et d’autre de la piscine. On ne traine pas, le temps d’enfiler un maillot de bain dans la maisonnette attenante qui sert de vestiaire et de se glisser dans le bain. Soudain, la cime des montagnes se teint de blanc, il neige. 

Importés de Norvège et de Laponie à la fin du 18ème, les Rennes sont présents à certains endroits de l’ile et sa population ne cesse d’augmenter faute de prédateurs. J’ai noté quelques points sur la carte où je pense pouvoir croiser leur chemin. L’été arrive bientôt ce sera l’occasion pour eux de rejoindre les hauteurs dans les terres. Les longues lignes droites de graviers se succèdent, on monte un col, le descend, sur notre gauche un précipice, sur notre droite une immense montagne. Les couleurs sont incroyables, des teintes de gris-vert en passant par l’ocre.

Il me semble voir quelque chose au loin à flanc de falaise, je fais signe à Pierre de ralentir, je sors mon téléobjectif, effectivement il s’agit bien de rennes, ils sont encore là. Quelle émotion… On se gare à quelques centaines de mètres, avec le vent de face je progresse lentement, je me trouve à seulement plusieurs dizaines de mètres, ils sont douze. Je reste là et les observe longuement, le bruit des déclenchements de l’appareil photo ne les dérange pas, ils ne me calculent pas. Un moment privilégié. 

Les routes de graviers accidentées ont eu raison de notre pneu arrière droit, ces longues lignes droites font avoir le pied lourd, il faut s’arrêter changer la roue, ce sera l’excuse pour ouvrir une Ulfur IPA, une belle trouvaille. Un peu plus loin on s’arrête mettre de l’essence, ici les stations se font rare, on en profite pour faire le plein de gaz pour notre réchaud.

Notre tout-terrain avale les kilomètres, un couple d’oies sauvages nous passe juste au-dessus de la tête, ils sont nombreux dans le pays au même titre que les cygnes. Sur certains spots de l’île les macareux sont visibles d’avril à août. On ne croise pas grand monde sur la route mise à part un troupeau des chevaux vikings. Une forte averse puis le soleil et un arc en soleil dont je n’avais jamais vu une telle intensité.

Le soir, notre mission est de trouver un endroit abrité du vent pour y monter le camp puis on sort un jeu de cartes des bières et du vin blanc et on partage un repas, un fermier nous a vendu des oeufs de canards pour 100 couronnes islandaises, un vrai délice. Pas besoin de lampe frontale, la nuit ne tombe que très tard.

L’heure est venue, Il nous est difficile de devoir quitter ces terres sauvages, mais il est temps de revenir sur le continent.. 

Merci à BoutiqueSauvage de nous avoir fourni le matériel pour camper.

geveo 

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